Le logement santé, c’est quoi ?

Pourriez-vous me dire, très spontanément, ce qu’évoque pour vous le terme “Logement Santé” ?  

Du point de vue de la santé publique, vous savez que la question du logement et, d’une manière générale, ce qu’on appelle les déterminants environnementaux de la santé sont tout à fait cruciaux, et ce, quels que soient les âges de la vie. 

C’est important de préciser cela parce que lorsqu’on va aborder Logement Santé, plusieurs éléments, encore une fois du point de vue de la santé publique, vont émerger et seront importants. 

Si on se centre sur les personnes âgées, ou les personnes porteuses de maladies chroniques ou de handicap, quand on dit « Logement Santé », évidemment, ça renvoie à beaucoup d’autres appellations, les logements pour séniors, les logements protégés, les logements accompagnés, les résidences seniors, les résidences de services, les résidences autonomie… 

Il y a donc un très grand nombre de façons, aujourd’hui, de décrire cette réalité qui, dans tous les cas, va intégrer la prise en compte des déterminants de la santé des personnes. Pour moi, c’est là que ça se situe. 

Avant de parler des modalités de mise en œuvre, c’est l’idée selon laquelle le logement est un déterminant majeur de la santé. Donc, on va agir sur ce déterminant de manière à influencer positivement la santé des personnes. 

Si je prends les choses d’une manière beaucoup plus large, par exemple, à l’autre bout de la vie pour des enfants, dans leur petite enfance, le fait d’être dans un logement surpeuplé va augmenter de 40% le risque d’avoir un retard scolaire au collège. L’impact est tout à fait considérable. 

« Logement santé », ça renvoie à deux choses. D’une part, au logement des personnes… en l’occurrence, les personnes âgées habitent chez elles de plus en plus, et évidemment très majoritairement. A défaut, elles sont en institution, notamment en EHPAD. 

C’est la première acception. 

Un logement santé, c’est un logement qui va être aménagé pour agir de manière favorable sur les déterminants de la santé des personnes.  

Par ailleurs, les logements santés ou toutes les autres résidences, seniors ou autres, renvoient à un mode d’habitat qui n’est pas nécessairement un mode d’habitat social, mais qui est un mode d’habitat qui va inclure un ensemble de services de façon, là aussi, à agir favorablement sur la santé des personnes. 

Il faut prendre les choses dans le bon sens. 

À mon avis, c’est premièrement le logement, c’est un enjeu majeur pour la santé des populations à tous les âges, deuxièmement c’est tous les logements des gens pour lesquels on va pouvoir agir de sorte qu’ils influencent favorablement les déterminants de la santé. 

Enfin Logement Santé, cela va renvoyer à un certain nombre d’initiatives, certaines issues du monde de l’entrepreneuriat social et solidaire et d’autres, évidemment, de structures à vocation commerciale, avec pour point commun cette idée d’offrir un ensemble de services ainsi qu’une qualité de logement. 

Vous vous doutez bien que l’air, la qualité énergétique, la proximité des services, l’accessibilité du logement, en plus d’une capacité à être accompagnée par de l’aide et du soin à domicile, vont constituer ce qu’on pourrait considérer comme étant un écosystème favorable à la santé des personnes âgées. 

Cette prise en compte du logement ou de l’habitat comme déterminant de santé, est-ce que vous diriez que c’est un phénomène nouveau, une prise de conscience récente ? 

Je dirais qu’il y a deux questions dans votre question : la question du logement santé et puis la question du logement santé pour les personnes âgées. 

Le fait de considérer que la salubrité du logement est un déterminant de la santé, cela remonte à la naissance de la santé publique, dès le 19e siècle et c’est quelque chose qui est complètement structurant. 

Tout au long de l’histoire de la santé publique, on a largement contribué à agir contre l’insalubrité des logements pour des motivations de santé publique. Ce n’est donc pas nouveau. 

En revanche, nous assistons aujourd’hui à une vraie accélération, liée notamment à une véritable prise de conscience – et c’est ça la révolution – du fait que la santé ne dépend pas, et même ne dépend que très faiblement du système de soins, parce qu’elle dépend à 80% de déterminants qui échappent au système de soins. Et parmi ces déterminants, le logement est là. 

Si bien que ce qui fait l’évolution, ce n’est pas la conscience de l’influence du logement sur la santé des personnes, mais le fait qu’on commence collectivement – l’ensemble des citoyennes et des citoyens, les décideurs – à avoir conscience du fait que ce qui fabrique, ce qui produit la santé des gens, c’est un ensemble de termes déterminants qui inclut le logement. 

Et tout cela va rentrer dans une dynamique d’adaptation de nos sociétés au défi extraordinaire qu’est le défi de la longévité. 

C’est très structurel pour ce qui relève de notre approche de la santé publique – et c’est aujourd’hui réellement à l’ordre du jour. 

Pensez à l’impact de la crise du Covid sur les personnes en lien avec des facteurs comme l’exiguïté du logement ou la salubrité du logement. Bien évidemment, qu’il y a une prise de conscience collective. 

Et puis, plus spécifiquement, le troisième point, je dirais, c’est le fait que la demande des personnes évolue de manière très rapide – et nous sommes en train, avec l’équipe du centre collaborateur OMS, de terminer une étude auprès de personnes âgées. En ce qui concerne le bien vieillir, le fait de vieillir chez soi est une demande massive. J’irais presque jusqu’à dire systématique. 

Mais elle s’accompagne d’une vision extrêmement claire, par une grande partie de nos aînés, du fait que pour vivre chez soi de manière indépendante – et ils emploient beaucoup le terme de liberté dans les travaux que nous menons -, on a besoin d’en créer les conditions. 

On en crée les conditions de deux manières, en aménageant son logement ou bien en migrant vers un logement qui présente des caractéristiques d’accessibilité 

La mobilité va être réduite… et la demande porte aussi sur la qualité en termes d’air, d’eau, de localisation, en termes de connexion à tout un ensemble de dispositifs de domotique – qui peuvent même aller jusqu’à la télémédecine. Ils aspirent à une proximité des services médicaux, des magasins… Il aspire à al sécurité. Ces aspirations sont maintenant largement partagées par les principaux acteurs, les personnes âgées elles-mêmes. 

Donc, oui, vraiment une préoccupation de toujours pour la santé publique, mais une prise de conscience liée au fait que, maintenant, on a une meilleure vision des déterminants de la santé et que l’on fait face à une demande sociale massive dans ce domaine-là. 

Autres paroles d'experts